Au deuxième trimestre 2026, l'industrie française compte 62 154 emplois vacants, dont 5 142 dans la production d'énergie, l'eau et les déchets, selon l'enquête Acemo de la Dares mise à jour le 15 septembre 2026. Soit un emploi vacant industriel sur douze, contre un sur trente-deux au deuxième trimestre 2017 d'après la même enquête. La tension de recrutement n'a pas quitté l'industrie. Elle a changé de secteur.
Ce déplacement n'apparaît dans aucune publication, parce qu'aucune publication ne fait ce rapport. La Dares commente le total national, qui baisse. Les fédérations de l'énergie commentent leur filière, qui monte. Personne ne met les deux séries côte à côte.
Voici donc le rapport, tel que nous le calculons à partir de l'enquête Acemo publiée par la Dares : la part de la production d'énergie, de l'eau et des déchets dans les emplois vacants de l'industrie est passée de 3,2 % au deuxième trimestre 2017 à 8,3 % au deuxième trimestre 2026. Multipliée par 2,6 en neuf ans, et l'essentiel s'est joué sur les douze derniers mois.
Le calcul, en trois lignes
Il tient sur une seule source publique, et je donne les quatre nombres pour qu'on puisse le refaire.
Le numérateur. L'enquête Acemo de la Dares décompte les emplois vacants par section de la nomenclature d'activités française. Deux sections couvrent la production d'énergie et le traitement des déchets. La section D, production et distribution d'électricité, de gaz, de vapeur et d'air conditionné, affiche 1 820 emplois vacants au deuxième trimestre 2026 selon la Dares. La section E, production et distribution d'eau, assainissement, gestion des déchets et dépollution, en affiche 3 322 à la même date d'après cette enquête. Total : 5 142 postes. Un an plus tôt, au deuxième trimestre 2025, la même enquête Acemo en comptait 1 068 et 2 512, soit 3 580. La progression sur douze mois est de 43,6 %.
Le dénominateur. L'enquête de la Dares donne 62 154 emplois vacants pour l'ensemble de l'industrie au deuxième trimestre 2026, dont 56 927 pour la seule industrie manufacturière, la section C. Au deuxième trimestre 2017, selon la même enquête, le total industriel était de 38 059, dont 274 en section D et 931 en section E.
Le rapport. 5 142 divisé par 62 154 donne 8,27 %, soit un emploi vacant sur 12,1. En 2017, 1 205 divisé par 38 059 donnait 3,17 %, soit un sur 31,6. Toutes ces valeurs sont les séries brutes, champ Ensemble, du jeu de données que la Dares a publié et mis à jour le 15 septembre 2026.
La limite de ce calcul, et elle est sérieuse
Je préfère la poser maintenant, parce qu'elle décide de ce qu'on a le droit de conclure.
Les sections D et E de la nomenclature débordent très largement la chaleur et la décarbonation. La section D couvre toute la production et la distribution d'électricité, de gaz et de vapeur, nucléaire compris, et la section E l'eau potable, l'assainissement, la collecte, le traitement des déchets et la dépollution. Le rapport dit donc où la tension se déplace à l'échelle d'un secteur, il ne dit pas quel métier manque. Pour ça il faut d'autres données, et j'y viens.
Les séries de l'enquête Acemo utilisées ici sont brutes, non corrigées des variations saisonnières. C'est pourquoi je compare des deuxièmes trimestres entre eux et jamais deux trimestres consécutifs. Sur des effectifs aussi petits que ceux de la section D, 1 820 postes, un point isolé bouge vite : le record de cette section est de 2 086 emplois vacants au premier trimestre 2023 selon la Dares.
Enfin, le ratio a déjà approché ce niveau. Au deuxième trimestre 2022, cette même enquête le situe à 7,8 %, porté par un pic de la section E à 5 452 postes. Le dire vaut mieux que de présenter 2026 comme un record absolu. Ce qui a changé, c'est le contexte. En 2022 tout le marché du travail surchauffait, avec 691 608 emplois vacants tous secteurs au quatrième trimestre selon la Dares. Ce stock national est redescendu à 484 441 d'après la même enquête, soit 30 % sous son pic, et ces deux sections remontent quand même.
Un dernier point de méthode, que la Dares rappelle dans la notice de son enquête. Un emploi vacant au sens d'Acemo est un poste ouvert et activement recherché à une date donnée. C'est un stock, pas une mesure de difficulté de recrutement. Un stock qui baisse peut signifier qu'on recrute mieux, ou simplement qu'on ouvre moins de postes.
La tension industrielle est-elle vraiment retombée ?
C'est la croyance la plus répandue dans les directions que je rencontre, et elle est à moitié vraie.
Elle est vraie pour l'industrie manufacturière. Selon l'enquête Acemo de la Dares, la section C est passée de 84 473 emplois vacants au quatrième trimestre 2022, son plus haut de série, à 56 927 au deuxième trimestre 2026. C'est une baisse de 32,6 %. Le taux d'emplois vacants suit la même pente dans cette enquête, de 2,95 % à 2,01 %. Sur douze mois, la section C perd encore 5,0 % de ses postes ouverts selon la Dares, et l'ensemble des secteurs en perd 3,9 % d'après la même source.
Elle est fausse pour les deux autres sections, et l'écart est spectaculaire. Toujours selon l'enquête de la Dares, le taux d'emplois vacants de la section D est passé de 0,16 % au deuxième trimestre 2017 à 0,94 % au deuxième trimestre 2026, multiplié par 5,9. Celui de la section E est passé de 0,62 % à 1,90 % sur la même fenêtre, multiplié par 3,1. Dans le même temps, toujours d'après cette enquête, celui de l'industrie manufacturière n'a été multiplié que par 1,5.
| Emplois vacants, section de la Naf | T2 2017 | T2 2025 | T2 2026 | Sur un an |
|---|---|---|---|---|
| C, industrie manufacturière | 36 664 | 59 918 | 56 927 | −5,0 % |
| D, électricité, gaz, vapeur | 274 | 1 068 | 1 820 | +70,4 % |
| E, eau, assainissement, déchets | 931 | 2 512 | 3 322 | +32,2 % |
| Ensemble de l'industrie | 38 059 | 63 591 | 62 154 | −2,3 % |
Source : enquête Acemo de la Dares, séries brutes, champ Ensemble, mise à jour du 15 septembre 2026.
Deux secteurs qui pèsent 8 % des emplois vacants industriels portent donc la totalité de la pression qui reste. Un directeur des ressources humaines qui lit la statistique nationale de la Dares et en conclut que le marché s'est détendu lit une moyenne qui ne décrit pas son bassin, s'il exploite une chaufferie, une unité de valorisation énergétique ou une station de traitement.
Pourquoi ces deux secteurs montent-ils quand les autres baissent ?
Parce que la demande qui pèse sur eux est programmée, et qu'elle est très au-dessus de ce qu'ils ont jamais produit.
Le cas des réseaux de chaleur est le mieux documenté. Selon le SDES, dans son étude « Les réseaux de chaleur et froid en 2024 » publiée le 24 octobre 2025, la France compte 1 041 réseaux de chaleur, pour 28,3 TWh livrés aux utilisateurs finaux et 27,1 GW de puissance thermique. L'enquête annuelle des réseaux de chaleur et de froid de la Fedene, édition 2025, précise que 2024 a été l'année de la plus forte progression jamais observée, avec 32,3 TWh corrigés de la rigueur climatique, en hausse de 9,3 % sur un an, et un taux d'énergies renouvelables et de récupération porté à 67,0 % contre 31 % en 2009. Dans ses chiffres clés de l'énergie, édition 2026, le SDES mesure que la part des renouvelables parmi les énergies utilisées par ces réseaux est passée de 17 % en 2010 à 48 % en 2024.
C'est la cible qui change tout. Cette même enquête annuelle rappelle que le projet de programmation pluriannuelle de l'énergie fixe 52,7 TWh de chaleur livrée en 2030, dont 75 % d'origine renouvelable ou de récupération, puis un minimum de 68 TWh en 2035. Passer des 28,3 TWh mesurés par le SDES à 52,7 TWh représente 24,4 TWh de plus, soit 86 % en six ans.
Voici la projection, et son hypothèse est explicite : 86 % en six ans, c'est 10,9 % de croissance annuelle composée, chaque année, sans exception. Or 2024, la meilleure année de toute la série de cette enquête annuelle, a fait 9,3 %. La trajectoire demande de battre le record historique de la filière six années de suite. Ce n'est pas impossible, c'est sans précédent.
Le même phénomène joue sur l'électricité. Dans son rapport publié le 16 juillet 2026 sur le bilan du système électrique au premier semestre, RTE relève que la consommation des grands consommateurs raccordés au réseau de transport a augmenté de 1,9 % en données corrigées, portée selon RTE par la sidérurgie à plus 6,6 % et par la chimie à plus 2,3 % après une baisse de 10 % en 2025. Le même rapport annonce que RTE triplera d'ici 2030 son rythme d'investissements annuels par rapport à 2024, avec 9 GW de capacité d'accueil supplémentaire d'ici 2029 sur les seules zones industrialo-portuaires de Dunkerque, du Havre et de Fos. Nous avions chiffré ce que ces files d'attente représentent en recrutements dans notre analyse du raccordement au réseau.
Superposées, ces publications disent une chose qu'aucune ne dit seule. L'étude du SDES et l'enquête de la Fedene décrivent un volume de chaleur à produire qui doit presque doubler. Le rapport de RTE décrit un réseau électrique qui triple son rythme d'investissement. L'enquête de la Dares mesure le résultat sur le marché du travail : les postes ouverts dans ces secteurs montent de 43,6 % en un an pendant que le reste de l'économie se détend.
Quel métier bloque réellement une mise en service ?
C'est là que la statistique sectorielle s'arrête et que nos propres données prennent le relais.
Notre cartographie des 52 métiers en tension, construite par croisement de l'enquête Besoins en main-d'œuvre de France Travail, des tensions mesurées par la Dares, de l'arrêté du 21 mai 2025 et de 120 missions analysées entre 2023 et 2025, classe treize métiers en pénurie extrême. Un seul recouvre exactement le périmètre des sections D et E suivies par la Dares : le chef de quart et superviseur d'exploitation sur unité de valorisation énergétique, chaufferie biomasse, cogénération et ligne de combustibles solides de récupération. Notre baromètre énergie et transition le situe entre 40 et 59 000 euros de brut annuel fixe en base nationale, et le classe ainsi pour une raison arithmétique : ces postes sont en 5x8.
Un 5x8 veut dire cinq équipes pour couvrir vingt-quatre heures sur vingt-quatre, toute l'année. Une unité conduite en continu n'a donc pas besoin d'un chef de quart, elle en a besoin de cinq. Chaque chaufferie et chaque ligne de valorisation mise en service ouvre cinq postes d'un coup, sur un métier dont notre baromètre situe le vivier national en dizaines, pas en milliers. C'est la déduction que ni l'enquête de la Dares ni celle de la Fedene ne tirent, et c'est pourtant elle qui décide d'une date de mise en service.
Une précision de grille à ne pas manquer. Dans notre baromètre, les métiers en pénurie extrême ou critique ne subissent aucun abattement régional, parce que leur vivier est national et qu'il se déplace. Une direction qui applique une décote province de 5 à 10 % sur un poste de conduite cherche depuis une région un candidat que trois autres régions paient au prix national. Nous détaillons cette règle dans notre cartographie des métiers pénuriques.
Regard terrain
Sur les métiers électriques et d'exploitation, le vivier ne répond plus aux annonces, mais il répond encore à une approche directe bien ciblée. Pour un groupe breton d'électricité industrielle, nous avons pourvu six contrats à durée indéterminée sur des métiers pénuriques, coup sur coup, en trois à huit semaines par poste, avec 100 % de rétention à dix-huit mois. Le délai n'est pas le problème. La méthode de recherche l'est.
Les sources, avec leurs dates
- •Dares, enquête Acemo, séries trimestrielles des emplois vacants, données brutes, champ Ensemble, jeu de données publié et mis à jour le 15 septembre 2026 : data.gouv.fr
- •SDES, étude « Les réseaux de chaleur et froid en 2024 », publiée le 24 octobre 2025, France entière : statistiques.developpement-durable.gouv.fr
- •SDES, chiffres clés de l'énergie, édition 2026, chapitre réseaux de chaleur, données 2024 : statistiques.developpement-durable.gouv.fr
- •Fedene, enquête annuelle des réseaux de chaleur et de froid, édition 2025, données 2024, publiée en octobre 2025 : fedene.fr
- •RTE, rapport du bilan du système électrique, premier semestre 2026, publié le 16 juillet 2026 : assets.rte-france.com
- •Volta Executive, baromètre énergie et transition 2026 et cartographie des 52 métiers en tension, 120 missions analysées entre 2023 et 2025
Questions fréquentes
D'où vient exactement le chiffre d'un emploi vacant sur douze ? Du rapport entre les emplois vacants des sections D et E de la nomenclature, 5 142 postes au deuxième trimestre 2026, et le total de l'industrie à la même date, 62 154 postes. Les deux valeurs viennent des séries brutes de l'enquête Acemo publiées par la Dares et mises à jour le 15 septembre 2026.
L'industrie manufacturière ne recrute donc plus difficilement ? Si. Avec 56 927 emplois vacants et un taux de 2,01 % au deuxième trimestre 2026, la section C reste très au-dessus de son niveau de 2017, que la même enquête de la Dares mesurait à 36 664 postes et 1,34 %. Elle a seulement reculé d'un tiers depuis son pic de fin 2022, quand les deux autres sections montaient.
Pourquoi regrouper l'énergie et les déchets dans le même calcul ? Parce que la valorisation énergétique des déchets relève de la section E alors qu'elle produit de la chaleur vendue aux réseaux. L'enquête annuelle de la Fedene mesure d'ailleurs que la chaleur de récupération, dont celle des unités de valorisation énergétique, pèse 48 % des énergies renouvelables et de récupération livrées en 2024.
Quels postes sont concernés en premier ? Les postes de conduite en continu, chefs de quart et superviseurs d'exploitation, que notre cartographie classe en pénurie extrême. Viennent ensuite les responsables d'exploitation et de maintenance, que notre baromètre situe entre 55 et 88 000 euros en base nationale, puis les techniciens automatisme et de régulation thermique.
Peut-on élargir le vivier plutôt que surenchérir sur les salaires ? Oui, et c'est souvent le meilleur arbitrage. Nos données de mandats montrent qu'un technicien venu de l'aéronautique bascule sur une unité de valorisation énergétique en environ six mois de montée en compétence, moyennant un plan de formation sérieux. Nous décrivons ces parcours dans notre expertise valorisation énergétique.
Ce qu'un directeur fait de ce chiffre lundi matin
Trois décisions se posent différemment une fois ce rapport connu.
La première concerne le calendrier. Si une mise en service est calée sur une date de commissioning, l'équipe de quart se recrute et se forme en amont, pas en parallèle. Sur un métier dont notre baromètre situe le vivier en dizaines au niveau national, un délai de six à neuf mois est un calcul prudent, et il se pose au moment de la décision d'investissement. Nous chiffrons ces délais poste par poste sur notre page délais de recrutement.
La deuxième concerne la grille. Un poste de conduite en pénurie extrême ne se compare pas à un poste de production de même niveau dans la même usine. Il se compare à ce que paient les trois autres exploitants qui cherchent le même profil au même moment, partout en France.
La troisième concerne la lecture des statistiques. Le total national des emplois vacants publié par la Dares baisse depuis trois ans, et cette baisse est réelle. Elle décrit un marché du travail qui se détend partout, sauf dans les deux secteurs à qui la programmation énergétique demande de doubler leur production d'ici 2030. Confondre la moyenne et sa composante la plus tendue est l'erreur qui coûte le plus cher en mois de retard.

