L'industrie française compte 101 280 projets de recrutement jugés difficiles en 2026, soit 3,1 pour 100 salariés du secteur. Le calcul croise les 211 000 projets industriels recensés par France Travail dans son enquête Besoins en Main-d'Œuvre publiée le 21 avril 2026, dont 48 % sont jugés difficiles, avec les 3 247 700 salariés de l'industrie mesurés par l'INSEE au premier trimestre 2026.
Le chiffre : 3,1 recrutements difficiles pour 100 salariés
Méthode de calcul. 211 000 projets de recrutement dans l'industrie (France Travail, enquête Besoins en Main-d'Œuvre 2026, publiée le 21 avril 2026) multipliés par 48 % de projets jugés difficiles (même enquête, périmètre industrie) donnent 101 280 recrutements difficiles. Rapportés aux 3 247 700 salariés de l'industrie au premier trimestre 2026 (INSEE, Informations rapides n° 135, 29 mai 2026), cela fait 3,12 recrutements difficiles pour 100 salariés.
Limite du calcul. Le Besoins en Main-d'Œuvre recense des projets déclarés par les établissements employeurs, pas des postes effectivement ouverts ni des embauches réalisées. L'effectif INSEE est un stock à une date, le BMO un flux annuel. Le ratio mesure donc une intensité de tension rapportée à la taille du secteur, pas une probabilité individuelle.
Ce chiffre sert à une chose : comparer. Il permet de savoir si la tension d'un secteur vient de son volume ou de sa difficulté propre. Dans l'industrie, elle vient des deux.
Pourquoi le marché se détend partout sauf dans l'industrie ?
Les chiffres nationaux racontent une détente. Selon France Travail, en avril 2026, l'économie française compte 2 275 000 projets de recrutement, en baisse de 6,5 % sur un an, et 43,8 % d'entre eux sont jugés difficiles, soit 6,3 points de moins qu'en 2025. Selon l'INSEE, en avril 2026, 34 % des chefs d'entreprise de l'industrie manufacturière déclarent des difficultés de recrutement, le plus bas niveau depuis janvier 2021.
L'industrie ne suit pas ce mouvement. Toujours selon France Travail, en avril 2026, 48 % des projets de recrutement industriels sont jugés difficiles, soit 4,2 points au-dessus de la moyenne nationale. Et selon la DARES, dans son étude de février 2026 sur les tensions du marché du travail en 2024, 19 des 30 métiers les plus tendus relèvent des domaines industriels.
L'explication tient en une phrase : la détente statistique vient de la baisse du nombre de recrutements, pas d'une amélioration de l'appariement entre offres et candidats. Moins d'entreprises recrutent, donc moins d'entreprises signalent des difficultés. Celles qui recrutent, elles, ne trouvent pas plus facilement.
Le signal conjoncturel confirme cette lecture. Selon l'INSEE, dans sa publication du 30 juillet 2026, l'emploi salarié privé recule de 0,1 % au deuxième trimestre 2026, soit le sixième trimestre consécutif de baisse, avec un intérim en repli de 1,4 % sur le seul trimestre. L'intérim est le premier ajustement des industriels. Quand il décroche, les recrutements permanents ralentissent dans les mois qui suivent, et les candidats en poste deviennent plus difficiles à faire bouger.
Combien gagne réellement un cadre de l'industrie en 2026 ?
Selon l'APEC, dans son baromètre publié en novembre 2025, la rémunération annuelle brute médiane d'un cadre de l'industrie s'établit à 61 000 euros, contre 55 000 euros tous secteurs confondus. L'industrie est le secteur le mieux rémunéré pour les cadres.
Elle est aussi le secteur qui augmente le plus. Selon la même étude APEC de novembre 2025, 65 % des cadres de l'industrie ont été augmentés sur l'année, contre 53 % tous secteurs confondus, ce dernier chiffre étant en recul de 7 points par rapport à 2024.
| Indicateur | Cadres industrie | Cadres tous secteurs |
|---|---|---|
| Rémunération médiane brute annuelle | 61 000 € | 55 000 € |
| Part de cadres augmentés sur l'année | 65 % | 53 % |
| Évolution de la médiane sur un an | non publiée | +1,8 % |
| Fourchette où se situent 80 % des cadres | non publiée | 38 000 à 95 000 € |
Source : APEC, Baromètre 2025 de la rémunération des cadres, novembre 2025, enquête menée en juin 2025 auprès de 26 000 cadres.
La géographie compte autant que le secteur. Selon l'APEC, en novembre 2025, la médiane francilienne atteint 60 000 euros et l'écart entre l'Île-de-France et la province s'établit à 15 %. Pour un directeur industriel qui recrute en région, cet écart n'est pas une abstraction : il fixe le prix d'entrée d'un candidat parisien qu'il faudrait convaincre de bouger.
L'âge structure la grille davantage que le diplôme. Selon l'APEC, en novembre 2025, la médiane passe de 43 000 euros avant 30 ans à 52 000 euros entre 30 et 39 ans, 60 000 euros entre 40 et 49 ans, puis 62 000 euros au-delà de 50 ans. L'essentiel de la progression se joue donc entre 30 et 50 ans, ce qui explique pourquoi les profils de cette tranche sont les plus sollicités et les plus coûteux à déplacer.
Pourquoi augmenter les salaires ne suffit plus ?
Voici le point que la plupart des grilles de rémunération ignorent. Selon l'INSEE, dans son indice du coût du travail du premier trimestre 2026 publié le 13 mai 2026, le salaire horaire dans l'industrie progresse de 2,0 % sur un an tandis que le coût horaire du travail progresse de 3,3 % sur la même période.
Autrement dit, dans l'industrie, le coût du travail augmente 1,65 fois plus vite que le salaire. L'écart de 1,3 point ne va pas dans la poche du salarié. Il correspond à la part croissante des cotisations et à l'évolution des allègements. L'employeur paie davantage, le candidat ne le voit pas sur sa fiche de paie, et la négociation salariale reste bloquée au même endroit.
Cet effet de ciseau se lit aussi dans le pouvoir d'achat. Selon l'INSEE, dans son étude sur les salaires du secteur privé en 2024 publiée le 23 octobre 2025, le salaire net moyen dans l'industrie atteint 3 021 euros par mois en équivalent temps plein, en hausse de 3,1 % en euros courants mais de seulement 1,1 % en euros constants.
Le résultat se voit du côté des recruteurs. Selon l'APEC, dans son étude sur les pratiques de recrutement de cadres publiée en mai 2026, 48 % des entreprises citent les prétentions salariales des candidats comme une difficulté de recrutement, contre 47 % en 2024. Le sujet ne se dégonfle pas, il s'installe.
Quels métiers concentrent la tension ?
La difficulté ne se répartit pas uniformément. Elle se concentre sur les métiers de production qualifiés, ceux dont la formation est longue et le vivier étroit.
| Métier | Part de projets jugés difficiles |
|---|---|
| Ouvriers qualifiés en conduite d'équipement d'usinage | 80,6 % |
| Ouvriers en chaudronnerie et tôlerie | 77,7 % |
| Ensemble de l'industrie | 48 % |
| Ensemble de l'économie | 43,8 % |
Source : France Travail, enquête Besoins en Main-d'Œuvre 2026, publiée le 21 avril 2026, enquête réalisée d'octobre à décembre 2025.
Selon la DARES, dans son étude publiée en février 2026, les familles professionnelles les plus tendues comprennent les agents de maîtrise en fabrication mécanique et en industries de process, les régleurs et les techniciens de maintenance. Ce sont exactement les postes charnières entre l'atelier et l'encadrement, ceux qui bloquent une ligne de production quand ils restent vacants.
Où seront les besoins d'ici 2030 ?
Trois filières publient des projections chiffrées, et elles pointent toutes vers l'énergie.
Selon l'étude Emplois et Compétences publiée le 25 mars 2025 par RTE, Enedis, la FNTP, le SERCE, le SNER, le GIMELEC et le SYCABEL, la filière des réseaux électriques prévoit 43 000 recrutements d'ici 2030, soit environ 7 000 par an, avec des métiers cœur passant d'environ 50 000 à environ 79 000 postes, une croissance de 61 %.
Selon France Travail, dans un article du 5 mars 2026 citant l'Observatoire paritaire de la Métallurgie, la branche prévoit environ 200 000 recrutements par an à horizon 2030-2035.
Selon l'étude BDO réalisée pour France Hydrogène et publiée en janvier 2025, la filière hydrogène soutiendrait plus de 66 600 emplois en 2035, dont 23 000 équivalents temps plein directs, contre 16 400 emplois et 6 300 équivalents temps plein directs en 2023.
L'actualité récente donne un visage concret à ces projections. EDF et Technip Energies ont signé le 27 juillet 2026 un partenariat de pilotage du programme des six EPR2, dont le coût de construction est évalué à 72,8 milliards d'euros. Le 30 juillet 2026, Altrad Endel est entré en négociation exclusive pour implanter à Dieppe une usine de tuyauterie et de supportage des EPR2, représentant 125 millions d'euros d'investissement et 350 emplois directs à horizon 2028.
Ces annonces créent une demande qui ne rencontrera pas une offre équivalente. Les soudeurs, tuyauteurs, responsables méthodes et ingénieurs travaux nucléaires figurent déjà parmi les profils les plus tendus. Un bassin qui accueille 350 postes supplémentaires ne les crée pas, il les prend ailleurs.
Questions fréquentes
L'industrie recrute-t-elle moins en 2026 ?
Oui en volume. Selon France Travail, en avril 2026, l'économie française compte 2 275 000 projets de recrutement, en baisse de 6,5 % sur un an, dont 211 000 dans l'industrie. Mais la difficulté de recrutement reste supérieure à la moyenne nationale dans le secteur industriel.
Quel salaire proposer à un cadre de l'industrie en 2026 ?
La médiane sectorielle est de 61 000 euros bruts annuels selon l'APEC en novembre 2025. Pour un profil de 40 à 49 ans, la médiane tous secteurs atteint 60 000 euros. En Île-de-France, il faut compter environ 15 % de plus qu'en province selon la même source.
Pourquoi les candidats trouvent-ils les salaires insuffisants alors que les entreprises augmentent leurs budgets ?
Parce que le coût du travail progresse plus vite que le salaire. Selon l'INSEE, au premier trimestre 2026, le coût horaire du travail dans l'industrie augmente de 3,3 % sur un an contre 2,0 % pour le salaire horaire. L'écart n'arrive pas sur la fiche de paie.
Quels métiers industriels sont les plus difficiles à recruter ?
Selon France Travail, en avril 2026, les ouvriers qualifiés en conduite d'équipement d'usinage affichent 80,6 % de projets jugés difficiles et les ouvriers en chaudronnerie et tôlerie 77,7 %. La DARES, en février 2026, ajoute les agents de maîtrise en fabrication mécanique, les régleurs et les techniciens de maintenance.
Combien de recrutements l'énergie prévoit-elle d'ici 2030 ?
La filière des réseaux électriques prévoit 43 000 recrutements d'ici 2030 selon l'étude RTE et partenaires du 25 mars 2025. La métallurgie prévoit environ 200 000 recrutements par an à horizon 2030-2035 selon l'Observatoire paritaire de la Métallurgie, cité par France Travail le 5 mars 2026.
Ce qu'un dirigeant en fait lundi matin
Trois décisions découlent de ces chiffres.
Arrêter de raisonner en moyenne nationale. La détente de 6,3 points sur la difficulté de recrutement ne concerne pas l'industrie. Un plan de recrutement construit sur les statistiques tous secteurs sous-estimera les délais.
Séparer le budget salaire du budget coût. Une enveloppe qui progresse de 3,3 % ne finance qu'une augmentation de 2,0 % pour le candidat. Négocier sur la base de l'enveloppe employeur conduit à une offre perçue comme inférieure au marché.
Anticiper les métiers charnières. Les régleurs, techniciens de maintenance et agents de maîtrise ne se recrutent pas en réaction. Quand le poste est ouvert, le vivier local est déjà sollicité par les autres industriels du bassin.
Sources
- •France Travail, enquête Besoins en Main-d'Œuvre 2026, publiée le 21 avril 2026, France, tous secteurs et secteur industrie. francetravail.org
- •INSEE, estimations trimestrielles d'emploi salarié, Informations rapides n° 135, 29 mai 2026, France hors Mayotte, secteur industrie. insee.fr
- •INSEE, indice du coût du travail premier trimestre 2026, Informations rapides n° 116, 13 mai 2026, secteur marchand non agricole, branche industrie. insee.fr
- •INSEE, Les salaires dans le secteur privé en 2024, Insee Première n° 2079, 23 octobre 2025, France, secteur privé. insee.fr
- •INSEE, enquête de conjoncture dans l'industrie, Informations rapides n° 100, 23 avril 2026, industrie manufacturière. insee.fr
- •INSEE, emploi salarié deuxième trimestre 2026, Informations rapides n° 186, 30 juillet 2026, France, secteur privé. insee.fr
- •APEC, Baromètre 2025 de la rémunération des cadres, novembre 2025, France, cadres du secteur privé, 26 000 répondants. corporate.apec.fr
- •APEC, Pratiques de recrutement de cadres 2026, mai 2026, France, 1 150 entreprises de 10 salariés et plus. corporate.apec.fr
- •DARES, Les tensions sur le marché du travail en 2024, DARES Résultats n° 5, février 2026, France, familles professionnelles. dreets.gouv.fr
- •RTE, Enedis, FNTP, SERCE, SNER, GIMELEC, SYCABEL, étude Emplois et Compétences, 25 mars 2025, filière réseaux électriques. rte-france.com
- •BDO pour France Hydrogène, évaluation de l'impact économique, social et environnemental, janvier 2025, filière hydrogène. france-hydrogene.org
- •Observatoire paritaire de la Métallurgie, étude prospective des besoins en recrutement à horizon 2030-2035, citée par France Travail le 5 mars 2026. francetravail.fr
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